Retseptn

« Évoluez afin d’être au nombre de ceux qui font de l’accomplissement des besoins du corps une expérience spirituelle. D’aucuns mangent pour avoir la force d’étudier la parole divine. D’autres, plus éveillés au plan spirituel, étudient la parole divine afin d’apprendre à se nourrir. »
Rabbi Nachman de Breslau, « La chaise vide ». Éditions de La Table Ronde, Paris, 1995

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Au centre, Szeindel Perele, flanquée de ses deux filles. À gauche, Régine, ma grand-mère maternelle. À droite, sa sœur aînée Rosa, en blanc. Elles avaient sept frères aînés.

 

Au centre, Marguerite, ma grand-mère paternelle,
encadrée à droite par sa mère, Louise, en noir, et à gauche par Lucienne, sa belle-sœur par alliance.

Présentation

Abraham et ses hôtes.
Sur le verset de l’Écriture qui rapporte la visite des Anges à Abraham (1) : « Et il se tenait au-dessus d’eux (2), sous l’arbre, et ils mangèrent », Le Juif faisait ce commentaire : « Pourquoi l’Écriture nous dit-elle cela ? Ce n’est pourtant pas l’usage, quand il ne mange pas avec ses invités, que l’hôte se tienne au-dessus d’eux (2) pendant le repas. Mais voici ce que l’Écriture entend nous dire : « Chez les Anges on trouve qualité et défaut comme il y a des défauts chez l’homme. La qualité de l’Ange, c’est d’être incorruptible ; et le défaut c’est qu’il ne peut monter en degrés. Tandis que le défaut de l’homme, c’est qu’il peut se corrompre, avec la qualité de pouvoir monter en degrés. Or, l’homme qui exerce l’hospitalité véritable acquiert les qualités de ses hôtes. Et Abraham, par conséquent, avait acquis cette qualité propre aux Anges, de ne pouvoir se corrompre, et dès lors, il se tenait au-dessus d’eux. »
Notes : (1) Genèse, XVIII, 8. (2) « Au-dessus » est textuel. Librement traduit : « debout devant eux ». Yaakov Yitzhak de Pjyzha « Le Yehoudi » (« Le Juif »).
Martin Buber « Les Récits Hassidiques ». Editions Du Rocher, Collection Gnose, p.626

 

Le premier gâteau que j’ai fait était un cake au chocolat. À vrai dire, j’aidais ma grand-mère en versant alternativement des cuillerées de pâte blanche et de pâte chocolatée dans le moule à cake. Pour mon anniversaire, 7 ans, l’âge de raison, Grand-père et Mamée m’avaient offert une boîte à couture.

Des recettes tout au long d’une vie, de plusieurs vies, transmises, expérimentées, goûtées. Recettes traditionnelles françaises, yidish (juives ashkénazes,  principalement de Russie et Pologne),  et du monde entier.

Les recettes de Mamée, ma grand-mère paternelle, Dauphinoise par son père, Niçoise par sa mère. Tout le monde s’accordait pour dire qu’elle était une fine cuisinière.

Les recettes d’Itka, originaire de Varsovie. Bibliothécaire au centre du Bund,  le « Medem Arbeter Ring ». Lise m’avait dit: « elle fait très bien la cuisine yidish, j’ai déjà mangé chez elle ».

Les recettes du « Club de cuisine yidish ». Au début des années quatre-vingt, à Paris, j’avais réuni quelques personnes d’horizons divers. Chacun, chacune, apportait une recette de sa famille ; nous préparions des repas ensemble.

Les recettes données par des amis, des amies, des voisines, des voisins, des cousines, des oncles et tantes. Les recettes glanées dans les livres.

Les recettes de Papier, mon père, lui ont principalement été transmises par Mamée. Celles de Méménon, ma mère, sont une souvenance de ses parents,  Regina (Rywka Ittel) et  Féliks (Fajwel Majer). Et aussi les recettes du côté de Pinhas, de ses grand-mères et tantes.

Et des recettes inventées ou adaptées.

Les recettes sont classées selon l’ordre alphabétique de leur titre.
À côté de chaque titre est noté le prénom de la personne donatrice, puis la nature de la recette. Milkhik : laitage. Fleyshik : viande. Parve : neutre. Toutes sont kosher, kasher/pur, conformes aux prescriptions alimentaires juives, sauf exceptions notées Treyf : non kasher. Bon nombre de recettes ont leur nom français accompagné de leur nom yidish.

Les mots sont transcrits du yidish suivant le code « yivo » (institut scientifique juif). Pour des français : le son « ou » est écrit « u », le son « ch » est écrit « sh », le son « rrh » est écrit « kh », le son « è » est écrit « e ».

Note : le “yivo” est la manière standardisée originaire de Russie de lire et de prononcer les mots yidish qui s’écrivent en fait en lettres hébraïques. ( Avec l’accent polonais, la lettre vov se lit i et se prononce vuv. Dans la réalité, la prononciation peut amplement différer selon l’origine des locuteurs. Exemple : gut/bon peut être entendu prononcé “gout” ou “git”).

En polonais le « j » se prononce « y ». Le « sz » se prononce « ch ». Le “l” barré se prononce “wou”. Le “c” se prononce “ts”.

 

“Ashkenaz (Aschanaxes), peuple que les Grecs aujourd’hui appellent Réginiens.”  

Flavius Josèphe, “Antiquités juives”, I, 6

 

Lettre de Mashele, datée du mercredi 8 septembre 2010

“Maman, tu sais, c’est étrange, quand je lis tes recettes de cuisine (je les regardais pour trouver quoi faire pour Roch Hachana – je vais peut-être faire un bouillon de Lodz et un poulet à la Belz, même si ça a l’air un peu compliqué) je ne sais pas ce que tu as mis dedans, mais c’est à la fois triste et émouvant, et en même temps, pas triste, il y a de la nostalgie, ça me fait penser à Cachan, mais aussi à Anvers chez les F. (la fille de Rav M.), à la rue des Plantes, à Apremont… C’est très spécial. Ça me fait aussi penser à un reportage que j’ai fait sur des catholiques traditionalistes (dans “Le Monde des religions” de septembre) et qui m’avait permis d’assister à une « vraie » messe en latin. C’était plutôt beau je dois dire, ça m’avait beaucoup fait penser à Papier. Tes recettes, c’est vraiment bizarre, elles donnent des larmes, elles sont un mélange, elles retracent des vies. Merci de les avoir faites pour Fayvele et moi.”

 

Lettre de Mashele, datée du 23 décembre 2012

Extrait
“… Hier j’ai vu une émission à la noix à la télévision ; le présentateur demandait à deux invitées ce qu’elles aimeraient manger avant la fin du monde (c’était censé être la fin du monde hier). Et moi, je me suis dit : mais ce que j’aimerais manger, évidemment, c’est la cuisine de ma maman ! D’ailleurs moi-même je ne cuisine à peu près rien d’autre, et je n’aime rien tant que ça.”

 

Petit précis sur les origines et les filiations des recettes :

Mamée (Marguerite, Camille, Lucienne), ma grand-mère paternelle, née à Chapareillan, elle aimait à dire : “je suis née avec le siècle”. Elle a donc vécu les deux guerres mondiales de “14-18” et de “39-40” (c’est à dire 1914-1918 et 1939-1945). Sa mère, Bonne-maman (Louise), était née à Nice et s’est mariée à la mairie de Nice. Recettes de mère en fille. Chapareillan dans le Dauphiné, est près de Chambéry, en Savoie et de Bellecombe berceau de sa famille paternelle. Cette famille avait des vignes à Apremont (le vin blanc).

Tonton Georges était le frère de Mamée et Papier (Maurice, mon père), né à Arcueil, près de Paris, aimait beaucoup son oncle. Il passait ses vacances chez lui, à Chapareillan. Linette (Jacqueline) est la fille aînée de Tonton Georges qui eut cinq enfants avec Tante Thérèse, née à Menton. Déjà âgés, ils adoptèrent une petite fille, Danielle, que sa mère leur avait confiée avant de disparaître. Leurs autres enfants s’appelaient Miquette (Micheline), Nany (Denise), Philippe et Alain.

Noémie travaillait comme aide à la maison chez Mamée. Tante Fanny était la femme de Tonton Pierre, le frère de Grand-père (Jacques). Ils eurent un autre frère, Marcel, aviateur, tué à la guerre de 14, et une sœur, Tante Simone. Grand-Père (Jacques) était le mari de Mamée et le père de Papier. Didy (Henriette), née à Menton, est la femme de Tonton (Jean), le frère cadet de Papier. Fanfan (Françoise), était leur sœur.

Famille catholique française.

Méménon (Hélène, Chaja), née à Anvers, était ma mère. De nationalité polonaise, puis apatride après la guerre, avant de devenir française par son mariage avec Papier. Sa mère, Régina (Rywka Ittel ), était née à Cracovie et son père, Féliks (Fajwel Mayer), naquit à Pabianice près de Lodz ( s’écrit Łódź en polonais, prononcer “wutsh” en polonais mais prononcer “lotsh” en yidish).  Je ne les ai pas connus. Helen et Anny, nées à Anvers, étaient les cousines germaines de Méménon, les filles d’un des frères de sa mère. Charlotte, née à Cracovie, était la femme de Sam (Samuel), le frère d’Helen et Anny. Pauline, née à Anvers, est la sœur de Méménon. Après être partie pour Israël en octobre 1949, elle retourna finalement en Europe et choisit de vivre en Belgique. Rosa, que j’ai connue, née en Hollande, était la femme de Léon, un cousin de Méménon et de Helen, Anny, Sam, Pauline. Une autre Rosa, Tante Rosa, était la sœur de ma grand-mère  Regina (Rywka). Je ne l’ai pas connue.

Famille juive ashkénaze.

Pinhas, né à Paris, est mon mari. Mémé Masza était sa grand-mère maternelle, la mère de Céline (Czarna Tsvia), toutes les deux nées à Minsk- Mazowiecki, en Pologne.
Mémé Dora, était sa grand-mère paternelle, de Groszysk- Mazowiecki. Tata Suzanne, née en Pologne dans “le triangle”, est la femme de Tonton Albert, le frère aîné de son père (Grand-Michel).

Famille juive ashkénaze.

 

Cécile, née à Paris, est  la belle-sœur de Mashele et la fille d’Alain.

Fayvele, né à Paris, est le fils de Bobè .

Mashele, née à Paris, est la fille de Bobè.

Nani  est la sœur de Bobè et la mère de Flora.

Bobè, (Grand-mère), née à Bagneux près de Paris, qui a noté ces recettes.

Famille juive française.

Les amis et amies du Club de cuisine yidish : Blanche, Chantal, Eva, Irène, Itka, Laurence, Mathilde … de l’ Arbeter Ring des bundistes de la rue René Boulanger, Henri et Rachel, de l’Amicale des Juifs communistes de la rue de Paradis , Lulu de l’Amicale des anciens de l’OSE, Mala et Ginette (Gitele), Mme Suzanne, du pletzel/quartier du Marais à Paris, Tadek, qui connaissait plus de mille blagues, Mme R., M. et Mme G., de Williamsbourg à Brooklyn.

Et aussi Anne, Anna, Chloé, Daniel, Denise, Diego, Estelle, Evelyne, Jacqueline, Javier, Jonathan, Jozsef, Kostia et Pétia, Liba,  Lioudmila, Luisa, Marcelle, Marie-Louise, Michèle, Monika, Monique, Natacha, Naziha, Odette, Paulette, Rachel, Renée, Sandrine, Waldie…

 

Recettes des deux grand-mères,
Régine et Marguerite
Mamée, qui m’a élevée, et Régine, dont je porte le nom.